CRÉDIL – Pérou 2017

Joe Garage

Rédigé par François Xavier Rioux

Il existe un certain stéréotype comme quoi souvent les ingénieurs aiment participer à des activités communautaires ou sociales autant qu’un député conservateur aime participer à Infoman. On dépeint souvent les ingénieurs comme des robots sans émotions qui placent le travail avant tout ou bien comme des petits Joe garage qui aiment ça brûler du fuel dès qu’ils en ont l’occasion.

Cette image du petit Joe garage était peut-être vraie il y a 30 ans, mais les choses changent et les sciences du génie n’en font pas exception. On retrouve aujourd’hui autant de branches du génie que de coupes de cheveux de Rihanna. Je ne serais même pas surpris que prochainement V sorte une émission où les ingénieurs trouvent l’amour. Un genre de l’amour est dans le pré, mais avec plus de contraintes de flexion et de TI-Nspire.

Plus sérieusement, un volet du génie qui s’est beaucoup développé ces dernières années est l’aide internationale dans les pays du sud. Ce type d’expérience gagne de plus en plus en popularité, car il est l’heureux mélange entre le voyage, l’échange culturel et le développement.

La question que j’aimerais aborder dans cet article est la place du génie dans ce type d’expérience. Bien qu’il existe beaucoup d’organismes sans but lucratif (OSBL) qui organisent ce genre de stage (on préfère utiliser le terme stage plutôt que celui de voyage), la plupart des projets réalisés dans ces pays sont d’ordre communautaire et social.  Le projet de sensibiliser la population cubaine à l’homosexualité, de Sidaction Mauricie, ou un projet de développement de tourisme solidaire au Togo promu par le CRÉDIL à Joliette ne sont que deux exemples.Avant de continuer davantage, il est important de faire la différence entre l’aide humanitaire et la solidarité internationale. D’abord, l’aide humanitaire est presque exclusivement sous la forme d’un don ponctuel, souvent en argent, à un pays du sud à la suite d’un évènement particulier (catastrophe naturelle, désastre politique, etc.). La solidarité internationale se manifeste plutôt sous la forme d’un projet qui se réalise dans les pays du sud avec l’aide de la communauté locale. Un des éléments les plus importants avec la solidarité internationale, c’est qu’il y a une boucle de rétroaction avec le partenaire du sud une fois le projet terminé.

 

Photo de fours solaires prise au Pérou lors d’un stage QSF du CRÉDIL

Qu’est-ce qui fait en sorte que l’ingénieur ne s’implique pas? Même avec la popularité du développement durable et des énergies renouvelables des dernières années, les projets d’ingénierie à l’étranger sont encore une minorité. Et ce n’est certainement pas par manque de ressources, car il existe beaucoup d’associations comme le Fond de développement durable de l’association étudiante de l’ÉTS (FDDAÉÉTS) et l’Association générale des étudiants en génie (AGEG) à Sherbrooke qui encouragent ce genre de projets en les finançant.

Mais là j’entends ce que tu penses, oui toi l’ingénieur qui, après la lecture de ce texte est un peu insulté que je t’aie traité de Joe garage et qui a soudainement envie d’aller passer un séjour à l’étranger et de pratiquer ta profession. Tu veux une liste concrète d’outils pour t’aider à t’impliquer dans le milieu ? Eh bien, prépare ta feuille de notes recto verso manuscrite plastifiée écrite en caractère 3, parce qu’en voici trois :

  1. Regarde autour de toi

Tu étudies dans une université de génie, il y a surement plein d’initiatives déjà en place, et auxquelles tu n’as qu’à t’inscrire. Je pense au PRÉCI à l’ÉTS, qui fait un travail extraordinaire depuis 23 ans en réalisant des projets d’ingénierie partout sur le globe. La majorité de leurs projets sont en lien avec la construction de bâtiments pour les communautés locales.

Chaque projet dure environ quatre mois et il n’y a que deux conditions pour t’inscrire : être un étudiant de l’ÉTS et ne pas être sous tutelle. Tu peux même créditer un stage en participant à un projet.

 

Voici le lien pour voir les projets ou s’inscrire :

https://preci.etsmtl.ca

  1. Le site du ministère des Relations internationales et Francophonie (MRIF)

Le gouvernement du Québec participe beaucoup au développement international et le ministère responsable de cette initiative est le MRIF. C’est entre autres ce ministère qui finance le programme Québec sans frontières (QSF).

QSF est un programme gouvernemental qui crédite des organismes sans but lucratif membres de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) à organiser des projets de solidarité internationale d’une durée entre 60 et 75 jours. Je sais que ça fait beaucoup d’acronymes, mais c’est toujours moins pire qu’un cours de GIA.

Comme je le mentionnais, plusieurs de ces stages sont de l’ordre du communautaire ou du social, mais certains stages sont dit « public cible ». Ce sont ces stages qui regroupent des gens d’un domaine bien précis, comme les ingénieurs. Ces stages sont gratuits à toute personne entre 18 et 35 ans, mais souvent nécessitent une forme de collecte de fonds. Mais une fois dans le pays d’échange, tout y est fourni. Tes seules dépenses vont être les 800 porteclés que tu vas rapporter en souvenir pour tes proches. Ces stages sont aussi souvent reconnus par les institutions scolaires de génie.

 

Pour voir les offres de stages de Québec sans frontières :

http://www.mrif.gouv.qc.ca/qsf/index.asp

  1. Ingénieurs sans frontières Québec (ISFQ) et Canada (ISFC)

Oui oui, ça existe, et contrairement aux OSBLs  membres de l’AQOCI, Ingénieurs sans frontières se concentre uniquement sur les projets d’ingénierie.

ISFQ réalise des projets à l’étranger à l’aide de partenaires locaux, mais offre aussi un service d’ingénierie aux OSBLs et aux organismes non gouvernementaux (ONG). Parmi ces projets réalisés et en cours de réalisation, on retrouve des projets d’accès à l’eau, d’éducation et de réhabilitation de la faune. Les projets sont d’une durée de trois mois et s’adressent tant aux ingénieurs professionnels qu’aux étudiants. Tout comme les stages QSF, la quasi-totalité des frais liés au projet (assurance, hébergement, visa, billet d’avion, nourriture) sont couverts par l’organisme. Les projets sont tenus dans des pays ou régions où le français est au minimum une langue officielle, alors il n’est pas nécessaire d’apprendre une nouvelle langue.

Contrairement à ISFQ, il n’est pas nécessaire d’avoir de l’expérience en génie pour participer aux placements d’Ingénieurs sans frontières Canada. On peut y effectuer des placements à long terme ou court terme. Les placements à long terme sont d’une durée de treize mois tandis que ceux à court terme sont d’une durée de quatre. Les modalités de placements d’ISFC sont semblables à celles d’ISFQ et les projets sont en lien avec l’assainissement des eaux, l’infrastructure rurale, l’agriculture et la production animale.

Pour visiter le site internet d’Ingénieurs sans frontières Québec:

http://isfq.ca/

Et pour visiter celui d’Ingénieurs sans frontières Canada :

http://legacy.ewb.ca/fr/index.html

Au fond, le but de cet article est simplement de montrer qu’il existe une panoplie d’organismes et de ressources qui permettent aux ingénieurs et étudiants en ingénierie de pratiquer leur profession à l’étranger. Ces expériences sont des opportunités exceptionnelles qui contribuent établie un bien-être collectif chez des communautés et des familles dans le besoin. Et en plus d’être des expériences de voyages et d’échanges culturels, ces expériences sont souvent reliées au développement durable et peuvent être une porte d’entrée de première qualité dans le domaine.

 

Photo prise au Pérou lors d’un stage QSF du CRÉDIL